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« Je suis convaincu que par loi naturelle, chaque problème, dans son essence intérieure, renferme et suggère sa propre solution. Examinons donc soigneusement les différents éléments, mettant en lumière cette suggestion implicite. Les conclusions pratiques, dans leur sens le plus large, sont les suivantes : il faut en premier lieu un étage souterrain, qui contienne les chaudières, les installations de force motrice, de chauffage et d’éclairage ; deuxièmement, le rez-de-chaussée, destiné à des magasins, banques et autres services qui nécessitent des surfaces vastes, une luminosité diffuse et une entrée facilement praticable ; troisièmement, un étage facilement accessible par des escaliers, habituellement largement subdivisés, riche en espaces organisés, en larges surfaces vitrées et en grandes ouvertures extérieures ; quatrièmement un nombre non défini d’étages au-dessus de celui-ci, constitués par des bureaux superposés par rangées, chaque bureau semblable aux autres…; finalement, au sommet, un espace ou un étage en attique, de nature purement physiologique par rapport à la vie et l’utilité de la structure. Ici le système circulatoire se termine et accomplit son imposant tour ascendant et descendant… Le rythme horizontal et vertical se base naturellement sur un local – l’unité bureau – assez large et haut pour qu’il soit confortable, et sa dimension, en même temps qu’elle détermine à l’avance l’unité structurelle normale, détermine approximativement l’ampleur des fenêtres… Il s’en suit inévitablement, et le plus simplement possible, que nous allons esquisser l’extérieur d’une construction à plusieurs étages. Commençons par le rez-de-chaussée : nous y mettons une entrée principale qui doit capter le regard – le reste de l’étage, nous le traiterons avec plus ou moins de libéralité, générosité et luxe, en nous basant exactement sur les nécessités pratiques, mais en nous exprimant avec ampleur et liberté. Traitons de la même façon le premier étage, mais usuellement avec des prétentions moindres. Au-dessus, pour le nombre non défini de rangées de bureaux, nous nous inspirons de la cellule, qui doit avoir une fenêtre, une allège et une couverte, et, sans nous soucier ultérieurement, nous donnons à toutes le même aspect, parce qu’elles ont toutes la même fonction. Et nous voilà à l’étage en attique, qui – n’étant pas divisé en cellules-bureaux et ne demandant pas un éclairage spécial – nous permet, de par sa vaste extension de parois, son poids et son caractère particulier, de mettre en évidence que les rangées de bureaux en série sont définitivement terminées ; l’attique est, de par sa nature, spécifique et final. Ce sera là aussi sa fonction par rapport à la force, à la signification, à la continuité et à la totalité de la forme extérieure… Nous devons maintenant accorder une grande attention à l’influence de l’émotion. Elle nous pose une question : quelle est la caractéristique de l’édifice à plusieurs étages ? et nous répondons immédiatement : c’est sa générosité. Cette générosité réside dans son aspect vivant aux yeux de ceux qui ont un tempérament d’artiste ; c’est là, la note la plus profonde et explicite de la séduction exercée par l’édifice à plusieurs étages. Elle doit être à son tour la note dominante de la manière de s’exprimer de l’artiste, la vraie excitation de se faintaisie. L’édifice doit être haut. Il doit posséder la force et la puissance de la hauteur, la gloire et l’orgeuil de l’exaltation. » (Sullivan in Benevolo, Histoire de l’architecture moderne, tome 1)

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